Le Petit Laboratoire

12 mois, 12 photos : 2019 en images

Tous les ans depuis 2011, je fais mon bilan de l’année, en choisissant une photo par mois. J’obtiens à peu près toujours un résultat très emblématique de ce qui s’est passé.

Depuis quelques années, j’ai de plus en plus de mal à arracher des images « hors commande » à mes récapitulatifs, et 2019 n’échappe pas à la règle, même si je suis fière d’avoir réussi à caler un peu plus de séances photo de mon propre chef cette année. Maintenant, je voudrais réinstaller la photo dans mon quotidien, avoir toujours de quoi immortaliser, à portée de main, mes petits émerveillements, et tout ce qui est précieux. Ça pourrait être une sorte de bonne résolution pour 2020, si je croyais aux bonnes résolutions.

2019, en tous les cas, était une année intense, d’accomplissements hors de la vie professionnelle. 2019, c’était l’année de l’achat d’appartement avec l’amoureux (tant pis, je spoile le post :)), et comme conséquence directe, de notre mariage. 2019 c’était aussi le Japon ensemble, c’était aussi la sororité, c’était aussi ma grand-mère. Une année incroyablement forte en liens, de ceux qui font qu’on a l’impression d’avoir une chance inouïe.

De cette collection d’instants rares, précieux, émouvants, je n’ai qu’une poignée d’images dans l’ordinateur. Mais mon appareil photo intérieur a tout capturé, pour pouvoir le reconvoquer à loisir dans les moments moins éclatants.

Les récapitulatifs des années précédentes :

2011

2012

2013

2014

2015

2016

– 2017

– 2018

 

Janvier : Une brève respiration avant de replonger dans le quotidien ultra chargé : il y a des choses qui ne changent pas. J’aime de plus en plus, chaque année, ce moment arraché au temps, entre Noël et nouvel an. Pour l’année 2019 toute neuve, j’étais blottie dans les lumière bretonnes. Et puis de façon improvisée, joyeuse, je me suis retrouvée sur la plage dorée et glaciale avec Anna, Florent et Andréa. Et tout était serein et beau, comme la promesse d’une année où tout se mettrait en place tranquillement, avec évidence. C’était un beau moment de promesse, que j’aurais aimé reproduire, si la vie ne m’avait pas entraînée dans un tourbillon bien bien dense. En tous les cas, c’était un présage qui ne mentait pas pour la suite de 2019.

Février : Après des mois de stress intense et de nuits sans sommeil, on signe l’acte chez le notaire et on récupère les clés de notre nouvel appartement. Je passe d’une cage à lapins, certes charmante mais foutraque, à un lieu de vie que j’adore, où je respire, et où je vois fleurir des espoirs, de l’inspiration, du bonheur à venir un peu partout. Un lieu à nous, à imaginer et peupler ensemble. Pour fêter ça, avant même l’arrivée des meubles et des cartons, j’y photographie la yogi Amélie Annoni, pour une séance de Yin toute douce. Je m’émerveille, jouant des volumes et des lumières que je découvre tout juste dans ce nouveau chez nous, et comme on dit en yoga, j’y « dépose une intention ».

Mars : Le décès de mon grand-père, au mois de septembre 2017, m’a rapprochée de ma grand-mère, qui tenait déjà une place toute particulière dans ma vie. Je m’autorise des pauses dans la vie, pour poser mes valises chez elle, vivre à son rythme quelques jours et la devancer pour toutes les tâches harassantes qu’il faut bien remplir quand on vit seule. Je la regarde peindre et je l’écoute parler d’amour. De la mort qui ne change presque rien, sauf qu’on parle désormais à l’autre à l’intérieur de son cœur, seulement. Je commence, avec cette photo, une série de portraits petites filles-grands-mères. Avec ce bilan de 2019, c’est la première fois que je montre cette image. Je veux parler de cette transmission à saute-mouton des générations, de ce lien qui peut être tellement sacré, tellement inspirant. To be continued, donc…

Avril : Ce n’était pas vraiment prévu dans nos plans, mais j’ai gagné des nuits dans les hôtels Hoshino Resorts, au Japon, alors c’est tant mieux : on part. Lors de nos voyages précédents, nous n’avions jamais expérimenté le vrai luxe à la japonaise. La tradition feutrée et confortable, le silence et la contemplation, la chaleur du bain au milieu de la neige. Nous sommes maintenant comblés, et tout est magnifique, et tout est bouleversant. Nous sillonnons Tokyo dans les pluies de sakura et arrivons à Nikko sous la neige. Nous entrons dans des petits restaurants que je m’imaginais inatteignables, et je bredouille en japonais pour commander. Tout est parfait, et les deux semaines passent vraiment beaucoup trop vite. Je compte, depuis le mois d’avril, faire quelques posts de blog sur le voyage et sur ces hôtels incroyables (ça m’aurait évité que le dernier post soit le bilan 12 mois 12 photos 2018 !), et je n’ai pas abandonné l’idée. Mais d’ici là, vous pouvez apercevoir quelques images par là.

Mai : Les commandes s’enchaînent à toute allure, comme toujours quand les beaux jours reviennent. Je suis notamment contactée par l’incroyable Agence 4 août, spécialisée en communication, avec une esthétique vraiment aux petits oignons. La mission est plutôt atypique : je passe une journée aux côtés des équipes, et je dois faire ressentir la vie, l’esprit de l’agence. Pas de photos posées, pas de passage obligé tout propre dans des déclinaisons de gris. Et même mieux que ça, chacune de mes obsessions bizarres de photographe est encouragée : je shoote les reflets colorés, les premiers plans hors focus qui tachent l’image de gros points de couleur flous, les miroirs qui dédoublent les images, les effets de transparence aux illusions confuses… C’est presque une renaissance du regard, avec la jouissance enfantine qui consiste à regarder le monde différemment, en s’y arrêtant, et en s’autorisant l’idée que le merveilleux peut surgir au détour d’un petit rien.

Juin : Le rythme continue à monter en puissance, c’est le mois le plus chargé de l’année. Mais j’ai (je crois) appris de mes erreurs, j’essaie de me ménager des moments à moi, qui me font plaisir. J’ai besoin de faire des images qui m’appartiennent. Et ça tombe bien, je suis obsédée par ce pont ferroviaire juste à côté de mon nouveau chez moi, où le soleil dessine des pointillés lumineux quand il est au zénith. Un lieu banal, pas très beau, voire glauque, mais qui se teinte de magie et se transforme en véritable terrain de jeu pour photographe. La merveilleuse Marion Seclin accepte de se prêter à l’exercice, et ma maquilleuse préférée Eléonore Mixay la looke avec son habituel talent. De mon côté, je tente des trucs au maximum, je sors de ma zone de confort en allant vers des lumières pas faciles, des jeux de reflets et de couleurs bizarres. J’ai l’impression de proposer de nouveaux chemins à ma créativité et ça me fait du bien.

Juillet : Comme tous les étés, j’ai du mal à trouver ma propre respiration. Je shoote des mariages un peu partout en France, avec beaucoup d’enthousiasme, mais en oubliant complètement de vivre pour moi. Ma consœur Chlotidien m’arrache à ce cycle infernal en me proposant une séance sur la plage, à côté de Quimper où je suis en « retraite retouches ». C’est la première fois que je photographie un couple dans l’eau, chose que je voulais faire depuis longtemps et que j’espère même pousser plus loin à l’avenir (par exemple, je veux faire des photos DANS l’eau !). C’est une des seules fois de l’été où je m’autoriserai à aller à la plage. L’eau est aussi chaude que l’air extérieur, le soleil se couche en teintant tout de rose, et surtout, je chéris cette amitié bretonne encore relativement neuve, mais qui gagne en qualité à chaque moment passé ensemble.

Août : Tête dans le guidon, les mariages battent leur plein. J’y fais de belles rencontres, je ris, je pleure, et suis émerveillée de cet incroyable métier qui est le mien… même si je suis épuisée ! Quand je repense à août, c’est un grand tourbillon pas très clair sur lequel je n’ai pas grand chose à raconter. J’en garde quelques sourires merveilleux et des explosions de joie spontanées, et je trouve que cette photo de Mona les incarne à la perfection.

Septembre : Je dois avouer que je suis un peu saisie qu’on soit déjà en septembre. Je n’ai pas vu passer l’été, et je crois que je le regrette un peu. Je me dépêche de caler une dernière séance pour moi, avant qu’il fasse trop froid. J’embarque sous mon bras (presque) ma super-copine-chanteuse-voix Loudwig et sa nouvelle couleur vraiment beaucoup trop cool, et on donne carte blanche à Eléonore Mixay (si vous avez bien suivi, elle est maquilleuse). Autant dire qu’on n’est pas déçues du résultat. Encore une fois, je ressens l’urgence de sortir des sentiers balisés de la commande. Cette séance sera donc placée sous le signe des miroirs et des prismes, qu’on retourne dans tous les sens en alternant grimaces et expressions d’intense gravité, blagues de tonton et considérations sur la vie. Le résultat est à la croisée de toutes ces ambiances, c’était pas vraiment calculé mais l’ambivalence me plaît.  Et vous pouvez en voir un aperçu par là.

Octobre : Je commence doucement à toucher terre et à envisager des vacances, du genre où je ne ferais RIEN. Comme souvent dans ces périodes où ça commence à ralentir mais où il fait encore beau, j’honore les demandes des copines, à mi-chemin entre la commande et le boulot perso. Cette fois-ci, c’est mon amie Manon Joveneau, comédienne et metteuse en scène, qui a besoin de quelques photos pour son book. Je suis contente de pouvoir à nouveau prendre le temps de papoter, partager un repas, un thé, sans avoir à paniquer sur le fait de devoir travailler non-stop. En revanche, je n’aime pas faire des photos en pied, je trouve ça chiant comme la pluie et très moche. On se balade dans mon quartier, je recherche désespérément l’inspiration, jusqu’à tomber sur cette drôle de vitre circulaire, à qui je rendrai probablement visite à nouveau. Je recommence à pousser des petits cris aigus, et le merveilleux charisme de Manon fait le reste.

Novembre : Novembre, c’était le mois de notre mariage. Sauf que je n’ai pas fait les photos moi-même (c’est la merveilleuse Gabrielle Malewski qui s’en est chargée) et que je n’ai pas encore développé les quelques argentiques que j’ai pris le temps de faire. Alors à la place, j’ai choisi pour illustrer ce mois la première séance réalisée après ledit mariage : une commande de Margaux, de l’Atelier Saint Frison. Parce que cette image est douce, et que je la regarde en me souvenant de l’euphorie tranquille dans laquelle je baignais après la fête du week-end. Dans la danse des mains de Margaux sur le métier à tisser, dans le ballet des fils, et les variations de tons discrets, il y avait quelque chose d’harmonieux, de musical, qui monte à la tête et la fait tourner légèrement. J’ai découvert ce métier que je ne connaissais pas, sa lenteur, la précision de ses gestes et son côté tellement organique, où chaque maille est le fruit d’une volonté, d’un mouvement. Merveille absolue.

Décembre : Comme tous les ans, décembre est le premier mois où ma charge de travail s’allège, et ça ne dure pas longtemps. Cette année, la grève a contribué à me mettre au ralenti. J’ai quand même pu photographier le magnifique mariage de Typhanie & Hugo, sous le soleil frisquet de Brest (avec un superbe make-up de Billy & Clyde). On a échappé au frima en se réfugiant dans une cactuseraie, pour un moment complètement hors du temps et des saisons, comme je les aime, et tellement en phase avec mon état d’esprit : je n’ai pas vu passer cette année 2019, j’ai l’impression d’y avoir vécu plusieurs étés, plusieurs automnes, plusieurs hivers et plusieurs printemps. Plein d’années contenues en une, et un calendrier qui perd complètement la tête. Je suis arrivée le jour du réveillon de Noël avec incrédulité, comme si personne ne m’avait prévenue des dates qui avaient défilé auparavant.

Je termine ce bilan dans un Paris presque vide, où tout est au ralenti, et où les distances se mesurent à nouveau à pied. Je n’en reviens pas de tout ce qui s’est passé, sur le plan personnel comme sur le plan créatif. J’ai rarement connu des années si denses, et pourtant je ne m’en suis pas rendu compte, j’ai plutôt eu l’impression d’avoir eu plus de place que d’habitude pour pouvoir caser tout ça.

J’approche 2020 en m’interrogeant sur ces rituels immuables. C’est le 9e « 12 mois 12 photos » que je termine, et je me demande combien il y en aura encore. Je me demande si je les regarderai un jour d’un air ému, en ayant oublié plein de choses, celle que j’étais, comme on relit de vieux journaux intimes. Je me demande ce que j’en retirerai. En attendant je continue, avec l’intuition qu’il y a en-dessous de tout ça une narration plus grande à l’œuvre.

Bonne teuf de nouvel an à tous et toutes, prenez soin de vous.

Cette entrée a été publiée le 31 décembre 2019 à 7:00 . Elle est classée dans "Digression / - Gression !", Commandes, Dans la rue, Expérimentations techniques, Fonds de tiroir, Les feux de la rampe, Mariages, Portraits, Sur les routes et taguée , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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