Le Petit Laboratoire

12 mois, 12 photos : 2018 en images

Tous les ans depuis 2011, je fais mon bilan de l’année, en choisissant une photo par mois. J’obtiens à peu près toujours un résultat très emblématique de ce qui s’est passé.

Cette année, ça a été encore plus difficile que l’an dernier de trouver des images sortant du cadre de la commande. Alors j’ai un peu biaisé, j’ai choisi pas mal de photos symboliques, qui bien que réalisées sous commande, faisaient écho à quelque chose d’intime, de juste. Ce ne sont pas forcément les plus belles images de l’année, mais ce sont les plus fidèles à mon état d’esprit de chaque mois que je raconte ici.

J’ai eu quasiment deux fois plus de travail que les années précédentes, moi qui pensais difficilement pouvoir en caler plus (voilà une super excuse pour n’avoir posté qu’une fois depuis mon dernier 12 mois 12 photos) ! Et si je l’ai bien mieux absorbé qu’en 2017, j’ai néanmoins fait encore moins d’images « pour moi ». Évidemment, comme à chaque fin d’année, à chacun de ces bilans, je voudrais que la résolution numéro un pour l’année suivante soit d’avoir toujours un appareil sur moi, et de shooter davantage hors des boulots de commande.

Je ne dis pas que je vais m’y tenir, mais j’ai fait deux nouvelles acquisitions pour peut-être m’y aider : un compact Olympus  TG-5 Tough, qui va sous l’eau et m’étonne par la qualité de ses clichés, et un smartphone Huawei P20 pro, qui me bluffe aussi et dont on pourrait bien voir apparaître quelques images dans mon bilan de l’année prochaine… (en attendant, y en a plein sur mon instagram !)

C’était difficile, aussi, de sortir des images à montrer, parce que cette année a été un peu chaotique pour moi, charnière à pas mal de niveaux. Pas de grandes révélations, seulement le temps qui passe mais qui se rappelle parfois à nous. En 2018, j’ai eu 30 ans, et ça m’a cueillie, comme si je croyais que ce nombre-là ne me concernerait jamais. En 2018, mon grand-père est mort, et j’ai connu pour la première fois un deuil intime, profond, qui me laisse encore un peu à vif au moment où j’écris ces lignes.

Alors voilà 2018, une année en contraste et en demi-teintes, une année charnière et banale, une année qui ressemble très fort à… la vie, tout simplement.

Les récapitulatifs des années précédentes :

2011

2012

2013

2014

2015

2016

– 2017

 

Janvier : Janvier, photographiquement parlant, c’est toujours mou. À la fois plein de bonnes résolutions, mais aussi plein de choses qui redémarrent trop lentement. Mais pas en 2017. En 2017, l’année s’est ouverte avec une séance d’une heure en compagnie de Pénélope Bagieu, à l’Hôtel Henriette. Souvenez-vous, j’en parlais déjà sur le blog. Cette séance a été une espèce de bonne résolution concrète, de shoot de vitamine aux prémisses de 2017. J’ai pu prendre le temps de créer les images dont j’avais vraiment envie, de construire une esthétique, une ambiance, une lumière… Le tout en compagnie d’une autrice que j’aime et que j’admire. En rentrant chez moi, j’ai fouillé dans mes archives et j’ai retrouvé la première séance photo qu’on avait shootée ensemble… En 2008 ! Et j’ai été contente du chemin parcouru (= mortifiée en voyant mes vieilles images). Janvier, donc : Pénélope, comme un bel élan vers l’année à venir.

Février : Il neige à Paris, à gros flocons, ça se déverse, et j’essaie de capter ce qui virevolte derrière ma fenêtre. Je me blottis dans mes multiples plaids, et je regarde les gens s’emmitoufler, se calfeutrer, déplier des parapluies géants dans la rue en bas de chez moi. Et puis naît l’envie d’une image, ou plutôt, l’interrogation : « et si je mets un flash derrière, ça donne quoi ? ». J’embarque mon amie Alix sous le bras (presque) et on shoote 10 minutes top chrono sous la neige. Les mains violettes, les dents qui claquent, mais la fierté d’avoir réussi – pour une fois – à représenter concrètement l’image qui me trottait dans la tête. C’est aussi la première fois que j’applique complètement ma bonne résolution : plutôt que de tout parier sur le combo bouilloire/bouillottes/plaids, j’ai bravé le froid pour faire une image pour moi, qui me ferait plaisir. Et je me promets de faire ça régulièrement (spoiler : c’est un peu loupé :-/)

Mars :  C’est déjà le retour des séances de commandes en extérieur. Je me rougis les joues et le bout du nez à shooter à travers mon écharpe, en essayant de simuler le beau temps. Je m’échappe, dès que je peux, pour voir mon amoureux en Bretagne. J’ai besoin de chaleur, et de beauté. De temps qui s’arrête un peu. Mon amie Rebecca vient me voir à Quimper et me motive à sortir mon moyen-format argentique. Au bord de la mer, le soleil est radieux et glacial, et le vent qui balaie tout me fait un bien fou.

Avril : C’est la grande inspiration avant le début de la saison. J’essaie – comment formuler ça – de me « rafraîchir les yeux ». D’avoir un regard neuf sur les choses, reposé, avide, fin prêt, avant de rentrer dans le grand tourbillon de « la saison où on peut shooter dehors sans peur ». Mon amoureux a la bonne idée de m’emmener à Lanzarote où on trouve enfin la maison de nos rêves : on passe deux semaines dans une vieille bicoque posée sur une plage de galets noirs. À gauche, un tout petit village aux maisons blanches. À droite, des falaises, les galets qui deviennent sable noir… Je me shoote au reflet de la lune sur l’eau la nuit, au bruit des vagues quand on s’endort. J’ai le temps d’adopter un chat errant, de le remplumer et de l’appeler Ali (parce que Ali-gato) (gato c’est chat en espagnol) (aligato c’est merci en japonais) (double jeu de mots) (hilarité). J’emporte un argentique là aussi, le Fed-5B (un vieux coucou sans cellule ni rien du tout), dans lequel je charge une pellicule Lomochrome Purple, que je sous-expose volontairement pour voir ce que ça donne. Le résultat est lunaire, mais il est surtout à des années lumière de ce à quoi je m’astreins pour mes images de commande. Sortie de ma zone de confort dans un cadre qui reste néanmoins plus que confortable, je suis parée à entamer ma saison.

Mai : Ça y est, on y est, et pour de vrai cette fois. Je passe ma vie dans le train, je cours partout, je shoote à n’en plus finir, je glapis, je fais des rencontres merveilleuses. J’ai l’œil ultra éveillé, je vois des sujets d’images potentielles par-tout. Notamment dans cette lumière de fin de journée, ma foi toute picturale, dans un hôtel ibis lui-même pas foufou.

Juin : Ce mois de juin 2018, il est spécial, parce que c’est le mois de mes 30 ans. Et je l’appréhende bien plus que je l’aurais cru. J’ai l’impression d’avoir un compte à rebours dans ma tête, et une liste des cases à cocher si on ne veut pas avoir raté sa vie. C’est aussi pénible que c’est con. Je ne sais pas où je trouve le temps de penser à ça au milieu de ma tonne de travail, mais pourtant j’y arrive ! La veille de mes 30 ans, je suis sur le toit de l’Institut du Monde Arabe (je sais pas pourquoi, ce mois-là j’ai shooté sur un nombre invraisemblable de toits). Paris s’embrase au moment où le soleil se couche, et j’ai la conscience aiguë d’être à la veille d’un basculement. C’est très troublant. À minuit, je m’autorise une coupe de champagne. Et je pense à cette étiquette étrange de « vie d’adulte » en regardant le flot des voitures en contrebas.

Ah, et au cas où vous vous demanderiez, cette crise de la trentaine a été super bien soignée dès le lendemain, par un anniversaire surprise organisé par mon cher et tendre. On va pas se mentir, ça aide.

Juillet : Je suis réquisitionnée une bonne partie du mois pour travailler pour le groupe d’hôtellerie de plein air Amac. Et c’est aussi intense que cool. De 7h à minuit, je shoote toutes les situations possibles et imaginables dans leurs clubs un peu partout en France… Avec ce grand enjeu de faire ressentir en un ou deux jours ce que peut être l’expérience de tout un été chez eux. J’emmène mon appareil amphibie dans les piscines, je me force à ne pas hurler dans des toboggans tout en virages, je tente d’apprivoiser chèvres et alpagas, je me cramponne où je peux dans des voiturettes de golf lancées à toute allure, je dresse des piques-nique sur la plage au soleil couchant, je joue des coudes au milieu du dancefloor pour shooter le DJ en pleine action… Et surtout, je fais beaucoup de blagues à base de prout aux enfants. Bref, c’est très fatigant, mais aussi tout plein de vie, de soleil et de rigolade. Et vous pouvez voir une partie de la commande de l’an dernier ici.

Août : C’est le mois de la question rituelle du « il te reste encore des mariages à shooter cette saison ? ». Et la réponse est carrément oui. Sauf que la réponse à « et comment ça se passe, c’est chouette ? » est carrément oui aussi. Tout comme la réponse à « mais t’es un peu fatiguée, alors ? ». Tête dans le guidon, chouettes rencontres, et images qui me remplissent le cœur.

Septembre : Septembre, c’est compliqué. Bien plus que juin. Et bien plus que cette image devrait l’annoncer. Et pourtant, elle me parle. Septembre, c’est le mois où mon grand-père est mort, et où je ne m’attendais pas au raz-de marée que ça allait représenter. Parce qu’un grand-père qui meurt, à 95 ans, en s’endormant, après avoir dit tout ce qu’il avait à dire, entendu tout ce qu’on avait à lui dire… Ben c’est normal, c’est même doux, c’est idéal. C’est pour ça que je ne savais pas à quel point j’allais être bouleversée. Et le rester. Septembre, c’était la découverte du deuil abyssal, qui recouvre tout. Mais c’était aussi l’archéologie de la tendresse, qui fait affleurer un autre genre de larmes. Les gestes simples, instinctifs, tribaux presque. La suspension du temps, et l’hommage. C’était aussi beau que c’était triste. J’écrirai sûrement quelque chose là-dessus, un jour. Parce que si je n’ai pas emmené mon appareil photo, il reste néanmoins des images profondément gravées et qui ne perdent pas de leur puissance.

Hasard étrange du calendrier, nous repartions à Lanzarote à peine trois jours après. J’y ai beaucoup dormi, beaucoup pleuré. Et en nageant au milieu des poissons, j’ai peu à peu retrouvé une forme d’apaisement. Le chagrin ne s’est pas envolé, il a juste réussi à se façonner un cocon sur mesure, et à trouver sa place. Et ça m’a soulagée.

Octobre : Les jolies choses reviennent, je suis à fleur de peau et un rien me bouleverse. Comme cette lumière, ces branches si harmonieuses, et cette vache qui a suspendu son cheminement et levé la tête vers moi. C’est tout simple, mais c’est bien. C’était après avoir passé la journée à shooter La Garden Party des Mariés, avec l’impression d’enfin m’ancrer en Bretagne, des tas de rencontres chouettes avec des gens du métier, et du coin. Que c’est joli, les amitiés naissantes.

Novembre : C’est le dernier mariage de l’année (last but not least comme on dit), et je prends un plaisir fou à décliner mes images aux couleurs de l’automne. Je suis encore à fleur de peau et j’ai l’impression de recevoir énormément, énormément d’amour à travers mes reportages. À côté de ça, c’est le mois de l’administratif, avec un projet plutôt cool à base de joli appartement et d’enfin un peu d’espace (work in progress…). À la fin du mois, on me commande une séance photo à Londres et le changement d’air est on ne peut plus bienvenu ! (j’espère vous montrer les images bientôt). L’année commence doucement à entamer sa clôture, mais elle sème plein de belles surprises sur son passage.

Décembre :  Ça y est, le rythme ralentit un peu, et tant mieux, parce que mon corps me rappelle qu’il n’est pas inusable. Je cumule trois semaines malade comme un chien (joli score sur un seul mois) et ça me force à ralentir un peu. En écrivant ce post, je comprends un peu mieux l’épuisement ! Mais comme je suis têtue, je programme quand même quelques séances avant d’accepter de poser l’appareil jusqu’à 2019. Et notamment cette belle matinée de portraits, très douce, avec l’autrice Claire Fauvel, dans un joli café de Montreuil. La belle sensation d’être là où je dois être, avec juste ce qu’il faut de chaleur et de lumière.

Pour l’heure, je finis mon année tranquillement en Bretagne, bien à l’abri quand la pluie tape sur les carreaux. Et je vous souhaite, bien sûr, de très belles fêtes à tou•te•s. En me demandant ce que j’aurai à vous offrir et à vous raconter ici d’ici un an. Quelle aventure…

 

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Cette entrée a été publiée le 23 décembre 2018 à 2:43 . Elle est classée dans "Digression / - Gression !", Commandes, Dans la rue, Expérimentations techniques, Fonds de tiroir, Les feux de la rampe, Mariages, Portraits, Sur les routes et taguée , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

Une réflexion sur “12 mois, 12 photos : 2018 en images

  1. Salut Chloé,

    J’aime toujours autant lire ta rétrospective de l’année en photo (et je suis bien contente que tu la fasses toujours sur ton blog !). Je suis désolée d’apprendre que tu as perdu ton grand-père en septembre également. Le mien est mort à 97 ans après un an de convalescence. Ça a été un énorme bouleversement malgré le fait qu’on avait été prévenu quelques jours avant par le médecin.

    Joyeux 30 ans en retard ! Ça sera cette année pour moi, pour l’instant, ça semble encore loin.

    Je te souhaite une très belle année 2019 avec plein des projets professionnels enthousiasmant, des mariages formidables et du temps pour tes photos personnelles. J’espère qu’on aura également l’occasion de se croiser en 2019, qui sait 🙂

    Des bises tout plein !

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