Le Petit Laboratoire

Workshop Martine à la Neige, sur la route du retour (l’heure du bilan) (jour 4)

Au mois de février, je suis partie 5 jours en Haute-Savoie avec 4 amies photographes, dans le but de faire des photos, de parler de notre métier et d’acheter énormément de fromage.

Nous avons organisé notre propre workshop collaboratif, sans hiérarchie, en décidant que nous avions chacune des choses différentes à apporter aux unes et aux autres. Cette expérience a été tellement bouleversante que j’ai décidé de faire une série de posts pour vous raconter tout ça. Le pourquoi du comment, nos cheminements, notre organisation, nos émotions… Et surtout, pour vous montrer des photos.

Ce dernier post se déroule sur le chemin de retour, avec mille bouleversements qui barbotent dans ma tête.

Mise en route

Ça y est, c’est vendredi, c’est ménage, empaquetage, nettoyage… Et séparage (oui.), tout le monde est un peu triste. Et surtout, on ne comprend pas comment ça a pu passer si vite.

On grappille les derniers moments de prise de vue possibles, avec quelques portraits au petit-déjeuner, quelques photos macro rapidement (« pour les alliances ») où on s’échange nos techniques secrètes au-dessus d’une tartine.

Et puis, début d’après-midi, c’est le départ. Marion prend le train pour Marseille, tandis que Gabrielle, Caroline, Rebecca et moi embarquons pour le grand roadtrip jusqu’à Paris.

Même si bon, évidemment, on s’arrête au bout de 10 minutes pour acheter du fromage, histoire que la voiture ait encore une petite odeur de vacances.

Au bout d’une heure et demie, alors qu’une neige toute fine commence à tomber sur l’autoroute, on aperçoit un vieux bâtiment abandonné au loin, en contrebas. Et là encore, je suis vraiment heureuse de constater qu’on est toutes les 4 sur la même longueur d’ondes, puisqu’on se donne toutes pour mission ultime de réussir à rejoindre ce lieu mystérieux.

Dans les glacières

Et ça valait la peine. On se retrouve dans les anciennes Glacières de Sylans. De grands hangars de pierre à demi effondrés qui, si j’ai bien compris, servaient autrefois à entreposer de la glace.

Le ciel est ultra chargé, la lumière est dingue, les lieux sont incroyables… Bref, on est comblées.

On fait un rapide tour des lieux en fantasmant une future séance d’inspiration là-bas. Je m’imagine déjà installer la déco, au milieu du lierre et des vieilles pierres.

On se raconte plein d’histoires, en sachant qu’elles n’arriveront jamais, à base de gens très beaux et très bohèmes qui courent sur le ponton en embrasant des fumigènes.

« Et puis là, on dresserait une table, en vieux bois, avec des couverts pour deux seulement… et puis ils iraient faire un tour en barque… »

Les bâtiments sont inaccessibles, protégés par des barrières, mais ça ne nous dérange pas plus que ça, dans la mesure où les alentours nous donnent déjà assez de matière pour shooter.

C’est assez évident que, si on n’avait pas de la route à faire, on pourrait facilement passer l’après-midi ici !

Chacune repère un petit coin de verdure qui lui plaît, et pendant presque trois quarts d’heure, nous shootons avec enthousiasme, sous l’œil étonné des quelques touristes qui viennent faire une pause sur la route des vacances.

C’est un moment magique, où nous communions dans cette envie de prolonger encore un tout petit peu le workshop, d’arracher au temps quelques poignées de minutes pour pouvoir encore shooter ensemble. Et se dire que ça n’est pas fini.

De mon côté, je plains Marion qui est dans son train et ne peut pas partager tout ça avec nous.

Caro finit par faire les gros yeux et nous rappeler que si on veut arriver à Paris avant le lendemain matin, il faut partir maintenant. Tout le monde sait qu’elle a raison, mais c’est à regret que nous quittons les lieux.

Le bilan

Les cinq ou six heures de voiture qui suivent sont un bon moment pour faire le bilan de ce séjour. Entre deux chansons à fond sur lesquelles on s’égosille ensemble (en direct sur instagram, s’il vous plaît), on parle de ce qu’on a pu vivre durant ces quelques jours si forts en émotion.

On parle de cette étrange dialectique entre peur et envie, la pudeur de shooter devant des photographes qu’on estime, et l’envie dévorante à chaque fois qu’on nous met sur le terrain. Cet élan qui ne tarit pas, et qui est finalement ce qui fait de nous des photographes de mariage : parce que pour shooter sans mollir pendant 15 à 20h, et ce presque chaque semaine, il faut avoir une sacrée fringale d’images et de beaux instants.

On parle aussi de ce qu’on a appris au contact les unes des autres, de qui est complexant et de ce qui donne de la confiance. Et pourtant, on en discute comme quelque chose de quasiment abstrait, dont on n’arrive pas encore bien à saisir les contours. Ce qui est sûr, c’est que tout cela nous a donné l’envie – et en quelque sorte la permission – d’affirmer vraiment notre personnalité photographique : d’être nous-mêmes plutôt que ce que l’on attend de nous.

C’est d’ailleurs la première étape pour pouvoir travailler avec des gens qui nous ressemblent, sur des missions qui nous enthousiasment.

À l’heure où j’écris ces lignes, le workshop s’est terminé depuis quatre mois. Ces quelques jours sont loin, et pourtant leur souvenir reste vivace. J’ai aussi le recul nécessaire pour savoir ce qui s’est passé pour moi dans les semaines et mois qui ont suivi.

D’abord, il y a eu le silence. La difficulté de shooter, la remise en question de mes capacités. Je n’avais jamais travaillé en parallèle avec 4 autres photographes sur un même sujet. Et ça a été, partiellement, une expérience douloureuse.  Constater que chacune d’elles avait obtenu des images proches des miennes, que je ne pouvais pas forcément distinguer mes photos des leurs, m’a vraiment fichu un choc. J’estimais beaucoup leur talent dès le départ, mais je ne m’attendais pas à voir mon individualité fondre dans la masse de nos photos.

Maintenant que le temps a passé, je me dis que j’ai peut-être été aveugle à « ma patte » : de la même manière qu’on ne peut pas sentir sa propre odeur, je ne peux pas forcément voir ce qui fait ma particularité photographique. Après en avoir discuté avec les Martine, il semblerait aussi que je ne sois pas la seule victime de ce syndrome, ce qui me rassure beaucoup, parce que j’ai du mal à imaginer comment l’une d’entre elles pourrait ressentir ça !

Après cette phase (difficile il faut bien le dire), j’ai shooté plusieurs couples, et j’ai été éberluée de constater que le workshop avait changé énormément de choses. Comme si pendant la séance, j’avais à mes côtés quatre Martine en train de me suggérer des idées de poses, de cadrages, d’expérimentations… Je me suis sentie plus présente à ce que je faisais, comme si on avait dépoussiéré plein d’acquis que j’avais laissés s’encroûter avec les années. Une vraie renaissance. Je ne sais pas si, dans les résultats obtenus, la différence est visible… Mais en tout cas, c’était beaucoup plus confortable pour moi.

Bien sûr, cet éveil a décuplé mon envie de shooter. Et la bonne nouvelle, c’est que ça a correspondu avec la fin de l’hiver, et donc la reprise d’un rythme intensif. Je n’ai pas eu de phase de latence, de réacclimatation à ces missions si particulières. J’étais déjà là, pleine d’envie et d’images dans la tête.

Et je me suis dit que vraiment, il faudrait régulièrement vivre des moments comme ceux-là, pour pouvoir toujours progresser, toujours remettre en question sa zone de confort, toujours se rappeler du champ des possibles… Et voir ce magnifique métier comme une construction permanente.

 

Et ça tombe bien, parce que les Martine ont l’air partantes pour remettre ça. J’ai déjà hâte d’y être : pour me faire sabrer mon nouveau portfolio, pour tenter de shooter davantage au flash, en construisant la lumière, pour tester des configurations difficiles, pour réfléchir à la photographie de détails en nature morte…

… Et pour parler pendant des heures de situations que notre entourage ne peut pas connaître/comprendre, pour rire à en pleurer, pour se plaindre et s’enthousiasmer, pour construire encore ce petit groupe soudé, et enfin, avoir l’impression d’avoir des collègues.

Et pas n’importe lesquelles : les meilleures qui soient.

 

Ensemble

Ouais, c’est un sous-titre cucul, mais j’assume. De toute façon,  j’ai même pas fait de blagues dans cet article, alors où va le monde ?

En y repensant, je crois que ce qui a fait la grande qualité de ce workshop, c’était aussi le fait de vivre ensemble. D’être ensemble. De se sentir ensemble.

Le casting était idéal, nous avions tout pour nous plaire les unes les autres. Mais le lâcher-prise lié à l’épuisement, les discussions tardives la brosse à dents à la main, la préparation du repas, les emprunts de crème hydratante… Tout ça a concouru à créer ce lien si particulier qui est désormais celui des Martine.

Je compte aussi la mauvaise digestion collective du Burger King comme un mal nécessaire.

Aujourd’hui, quatre mois après, nous nous voyons régulièrement toutes les cinq, malgré le fait que Marion vive à Marseille. Si l’une de nous a une question, un doute, un problème, une frustration ou au contraire a le sentiment d’avoir particulièrement bien réussi quelque chose, elle s’adresse aux Martine.

Et chacune l’aide, la rassure ou la félicite. Notre conversation collective sur Facebook est alimentée tous les jours sans exception. Pour moi, c’est facile : je connaissais tout le monde avant, même si pas forcément bien. Mais les autres Martine ne se connaissaient pas entre elles, et le fait qu’on ait créé un petit cercle bien à nous, aussi fort, aussi soudé, me remplit de joie chaque jour.

Est-ce que je pense à tout ça, déjà, sur le chemin du retour ? Peut-être pas encore. Mais ce qui est sûr, c’est que je sais déjà que quelque chose s’est tissé entre nous cinq. Quelque chose de nécessaire, de fort et de durable.

Les Martine

Ça y est, mes pavés sur le workshop touchent à leur fin. Ils reviendront peut-être cet automne ou cet hiver, puisque nous commençons à réfléchir à repartir toutes ensemble. Pour le moment, on lorgne sur l’île de Ré…

Je voulais terminer cette série d’articles avec à nouveau des liens vers le boulot de chaque Martine, parce que leurs travaux (et leurs formidables personnalités) gagnent vraiment à être connus.

Et parce que Gabrielle et moi, épuisées, juste avant de rentrer dans nos petits appartements, avons imaginé le Pokémon totem de chacune, je me suis dit que je n’allais quand même pas vous priver de ça.

#WorkshopMartineàBourgPalette

Caroline Dubois – Caninos

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Marion Dunyach – Goupix

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Gabrielle Malewski – Evoli

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Rebecca Vaughan Cosquéric – Raichu

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Chloé Vollmer-Lo (moi, quoi)Abra

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Cette entrée a été publiée le 16 juin 2017 à 7:38 . Elle est classée dans "Digression / - Gression !", Dans la rue, Et sinon, j'ai instagram, Expérimentations techniques, Sur les routes et taguée , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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