Le Petit Laboratoire

Workshop Martine à la Neige : peindre avec la lumière (Carole & JR) (jour 2 bis)

Au mois de février, je suis partie 5 jours en Haute-Savoie avec 4 amies photographes, dans le but de faire des photos, de parler de notre métier et d’acheter énormément de fromage.

Nous avons organisé notre propre workshop collaboratif, sans hiérarchie, en décidant que nous avions chacune des choses différentes à apporter aux unes et aux autres. Cette expérience a été tellement bouleversante que j’ai décidé de faire une série de posts pour vous raconter tout ça. Le pourquoi du comment, nos cheminements, notre organisation, nos émotions… Et surtout, pour vous montrer des photos.

Ce quatrième post se déroule dans un petit bout de forêt ensoleillé, avec des modèles qui s’aiment et ont la classe. Eh ouais.

Des modèles modèles

Pour ce deuxième shooting avec un VRAI couple (loin de moi l’idée de dénigrer les trucs plus ou moins polygames du matin même à la mairie, mais bon quand même), nous avions rendez-vous avec Carole et JR.

« Point de rendez-vous ».

Qui sont Carole et JR, me direz-vous ? (à part les gens ci-dessus, vu que je vous ai spoilés sans vergogne). Carole et JR, donc, c’est un couple violemment mignon et classe qui a décidé de se marier durant l’été 2017, et d’embaucher Marion comme photographe (très bon choix s’il en est).

Alors laissez-moi vous dire que côté « regardez, on shoote un couple super chouette et on dirait qu’ils s’aiment tellement qu’ils vont se marier », on est au TOP crédibilité.

Jugez plutôt.

Et ce qui tombe hyper bien, c’est qu’ils étaient en vacances en Haute-Savoie au moment du workshop, alors qu’ils n’avaient pas pu caler de séance d’engagement (c’est-à-dire une séance de couple avant le mariage) avec Marion. Eh ben puisque c’est comme ça, ils ont récolté 5 photographes au lieu d’une pour ladite séance. Le DES-TIN, je vous dis.

14h (et des brouettes), ils passent la porte du chalet. On pense à peu près toutes en même temps quelque chose comme « Bon sang, quel style ! », « Ouuuh ils sont beaux », « Elle porte un manteau taupe et ça lui va BIEN » et « Il a un pantalon bordeaaauuux trop biiiiieeeen ! ». Et en plus ils sont sympa.

Et je le prouve.

On leur laisse le temps de s’installer, de parler outfit de choc, de laisser la team #tisanecitrongingembre affronter la team #tisaneverveinemiel (y a aussi la team #1664 mais y a que Marion dedans donc ça compte pas). Tout comme la veille, ce petit temps pour apprendre à se connaître et à s’habituer les uns aux autres est tout à fait important. Le lien qui se crée est réel, et on sait, des deux côtés, qu’on pourra s’appuyer dessus au moment du shooting.

Ils évoquent avec Marion quelques petits éléments du mariage à venir, et les 4 autres photographes deviennent immédiatement un petit peu jalouses : tout le monde a envie de venir shooter ce mariage !

Ceci dit, je n’envie pas complètement la position de Marion : je n’aimerais pas que mes futurs clients commencent par voir mon boulot comparé à celui de 4 autres photographes que j’estime. La pressiiiion (non, pas la bière, cette fois).

Voilà, cette photo illustre assez bien ce que je ressentirais.

C’est peut-être pour cette raison en partie que nous décidons de changer de modus operandi par rapport à la veille (et aussi parce que c’était un peu le bordel, faut bien l’avouer) : plutôt que de toutes shooter en même temps, on va d’abord prendre des tours de 5 minutes chacune, durant lesquels une seule personne photographiera et dirigera. Et les autres écouteront, mais n’auront pas le droit ni d’intervenir, ni de dégainer leur appareil. Brrrr.

De la fumée sans feu

On commence tout de même par sortir les fumigènes histoire de dynamiser la séance dès le début et de casser les éventuels restants de timidité. Le tapis de feuilles est beaucoup trop moelleux, du coup je choisis de m’allonger par terre et de shooter vraiment au ras du sol.

Ils ne m’ont même pas marché dessus.

C’est l’avantage de shooter à plusieurs : je sais que les autres vont faire de belles images, je peux donc prendre des risques et essayer des angles un peu tordus. Je n’ai pas la frustration du « Argggh, j’aurais dû m’en tenir au plan initial », puisque je sais que la photo que j’aurais voulu faire au premier abord va exister dans le boitier d’au moins une autre Martine, et qu’elle sera super.

Je suis donc là, confortable, une souche d’arbre s’enfonce dans mes côtes, un insecte non identifié essaie de pénétrer dans mes narines… Mais je suis contente, parce que les feuillages viennent finir d’habiller la composition, et que Carole et JR courent comme des foufous dans les rayons de soleil.

Je balance sans vergogne, mais Caro a même cueilli des feuilles pour reproduire cette technique de sioux.

Et maintenant qu’on a bien rigolé et qu’on a mis de la fumée partout, c’est l’heure de prendre nos différents tours de shooting.

Ce qui est assez mignon, c’est que malgré l’envie de faire plein d’images, malgré la hâte, chacune est très intimidée par le fait de diriger des modèles devant les autres. On recule subtilement, on fait semblant de chercher un truc dans son sac, on tente un « mon chien a mangé mon appareil photo »… Et Gabrielle décide qu’elle se lance en premier. Zou.

Portrait de notre héroïne sur fond de Mont-Blanc

Sous nos yeux médusés, elle enchaîne donc un milliard de poses en l’espace de cinq minutes, sachant exactement où elle va, comment obtenir l’effet et la variété qu’elle veut. Elle dirige d’une façon très calme et posée, mais malgré tout, son efficacité est redoutable, comme si elle connaissait par cœur son plan d’attaque. Je me dis que je devrais lister toutes les poses qui me plaisent pour avoir cette formidable capacité d’enchaînement à l’avenir…

L’admiration et la pression montent d’un cran.

Not on my watch

Du coup, je m’y colle pour le tour suivant, parce qu’il y a un rayon de soleil bien cool qui me fait oublier mon appréhension pendant deux secondes. Je le teste deux secondes sur les copines pour être sûre de mon coup…

Je n’ai pas l’habitude d’affronter si frontalement le soleil d’hiver et ses rayons de lumière assez dure. Sans compter que la neige agit comme un réflecteur naturel. C’est donc le moment de tester une configuration inhabituelle, et ça me met en joie !

Je ne varie pas beaucoup les poses : j’ai surtout envie de varier les émotions à partir d’une même pose et de faire ressentir leur proximité, leur amour, leur bonne humeur. De toute façon, passer après Gabrielle, ce n’est pas évident du tout !

Mais très rapidement, Carole et JR ont l’air d’être en confiance, et s’entraînent l’un l’autre dans la tendresse et le sourire. C’est ça aussi qui est chouette dans le fait de shooter des gens qui s’aiment : on peut toujours s’appuyer sur leur joie d’être ensemble. 

Je n’ose pas prendre trop de temps pour essayer de nouveaux angles, je me contente de micro-variations : j’ai peur d’empiéter sur les créneaux des autres et je n’ai aucune idée d’où on en est vraiment ! On aurait certainement dû se chronométrer. Néanmoins, la bonne humeur et les visages radieux de ces deux-là me motivent terriblement, et la pression, le manque de temps ne sont pas pour me déplaire. L’ambiance, chaleureuse et dynamique, n’a pas le temps de retomber une seule seconde.

L’autre avantage, c’est que cette lumière est tellement forte que la moindre petite variation produit des effets très différents. Je décide de mettre ça à profit pour en maîtriser toutes les facettes.

Le moindre mouvement de quelques millimètres change totalement l’ambiance de la photo et l’effet sur les visages. Je m’amuse comme une petite folle. J’essaie de dynamiser au maximum ce court moment de shooting, en espérant que ça se ressente dans les images. Et puis, quand j’ai l’impression d’avoir tiré ce que je pouvais de cette configuration (au bout de 3 à 5 minutes, je ne sais pas exactement), je passe le relais à la suivante !

La suivante, c’est Caroline, qui avait repéré un autre rai de lumière dont elle avait peur qu’il disparaisse. Mais j’avoue – j’ai honte – que je n’ai pas suivi grand chose de ce moment. Encore toute euphorique, j’ai préféré prolonger le petit instant « lumière dorée » en faisant rapidement poser Rebecca.

#charisme

On rejoint ensuite bien sagement les autres pour assister aux différents tours. Caroline opte pour des poses assises dos au Mont Blanc, belles et contemplatives. Rebecca lance des feuilles et raconte des tas d’histoires. Enfin, on laisse un petit moment privilégié à Marion avec ses futurs mariés… Sans avoir eu besoin de se le dire, on comprend à quel point un•e photographe a besoin de créer une intimité avec ses modèles. On sait déjà qu’on s’expliquera le soir (autour d’une bière, d’une infusion Verveine-Miel ou d’une infusion Citron-Gingembre) ce que chacune a fait, et comment la magie s’est créée.

D’un éclat à l’autre

Une fois passés les 5 tours, nous avons recommencé à shooter toutes ensemble, mais de manière plus raisonnée et calme que la veille, du moins c’est ce qu’il m’a semblé. Le fait d’avoir chacune fait des images « rien qu’à nous » nous avait apaisées, et nous permettait d’être plus dans l’élaboration et moins dans la compulsion. Enfin je crois.

(Diantre, ça fait au moins mille paragraphes que j’ai pas fait une blague.)

Si la lumière était intéressante, elle était aussi assez difficile à maîtriser. Sur la photo ci-dessus, j’ai ramé sévère pour réussir à récupérer un peu de matière sur le Mont-Blanc : il était encore en plein soleil, tandis que nous avions plongé dans l’ombre. C’est une contrainte à laquelle je fais rarement face, et ça m’a fait du bien d’affronter la difficulté.

Joli accident, lors d’une photo backstage, l’une d’entre nous se rend compte que la lumière qui filtre de la montagne d’en face (encore au soleil) à travers les arbres donne une lumière couleur miel, très douce en arrière-plan. Ça tombe bien, de la douceur, y en a à revendre juste sous nos yeux.

En contre-champ, on obtient une lumière plus plate, plus facile à travailler, ce qui permet de prendre davantage de liberté sur le cadre et l’angle. Rebecca, comme à son habitude, suggère qu’on se lance des trucs. Et ça fonctionne plutôt pas mal !

Les derniers rayons dorés persistent, avant que le soleil disparaisse définitivement derrière les montagnes. On se rapproche de l’orée du bois, pour mieux capter la lumière.

Maintenant que le soleil est passé sur l’autre versant, la lumière est suffisamment faible et diffuse pour pouvoir avoir les montagnes en arrière-plan. Je me rends compte que je me suis déjà trop accoutumée à ce paysage : je n’arrive plus à voir son intérêt photographique, au-delà de son intérêt touristique. Mais une fois que j’ai vu à quel point Carole & JR posaient bien, je change d’avis et je mitraille. Et a posteriori, je suis bien contente d’avoir shooté quelques images quand même, parce qu’une fois revenue dans les gaz d’échappement parisiens, je vois assez bien l’intérêt du truc en fait.

Le backstage-test lumière montre la configuration pas évidente, qui m’a valu à un moment donné de m’enfoncer jusqu’aux genoux dans la neige. (Forcément là c’est moins impressionnant parce qu’on la voit pas, la neige) (Mais franchement c’était pas rien) (pour de vrai).

Mais c’est pas grave que la nuit tombe au bout d’un moment, c’est même plutôt cool. On en a profité pour tester des trucs qu’on fait jamais, et que j’adore. Sur la photo ci-dessus, je tiens une petite guirlande de loupiottes (dans ce genre-là) juste devant l’objectif.

Ici, c’est Rebecca qui avait amené des sparklers qu’on a mis mille ans et demi à allumer avec des petites mains transies par le froid. On rajoute « Courageux » à la liste des qualités de Carole & JR, du coup.

De mon côté, j’avais amené cette espèce de bocal bizarre qui se recharge au soleil. Sans trop savoir si je voulais m’en servir comme source visible ou cachée. Du coup on a tenté les deux, et c’était chouette. J’aime particulièrement la texture que donne le verre du bocal à la lumière. (Et comme on est pas des monstres, on avait mis des sacs plastiques par terre pour que Carole & JR ne décèdent pas de froid par les fesses.)

Et enfin, sur une idée de Gabrielle (enfin je crois), une petite vue sur la vallée qui s’illumine tranquillement…

Retour au chalet, on offre une dernière bière-tisane à Carole & JR, tout le monde est transi de froid, épuisé mais content. On n’en parle pas assez, mais si shooter est épuisant, poser l’est aussi…

Une raclette et au lit !

Comme prévu, la soirée se passe ensuite entre Martines à débriefer, à trier les photos, à tenter des retouches, à échanger des ressentis autour de cet après-midi riche en émotions et en belles lumières.

La conclusion que j’en tire de mon côté est que, s’il fallait recommencer, je referai exactement pareil. Cette séance était le complément parfait de celle avec Jeanne & Antho. Après une première journée plus explosive et collective, nous avons pu prendre le temps d’élaborer davantage nos images, et d’y apporter plus de variété.

Ce qui est sûr, c’est que dans les deux cas, on a eu une chance incroyable de tomber sur des modèles aussi gentils, aussi mignons et aussi contents d’être là.

Il me semble bien qu’on a fêté ça avec une petite raclette.

Allez hop, la prochaine fois on discute Martines qui posent dans la forêt. Et moi je fais à peu près rien pendant que Rebecca me prend en photo. Eh ouais.

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Cette entrée a été publiée le 10 mai 2017 à 3:58 . Elle est classée dans "Digression / - Gression !", Dans la rue, Et sinon, j'ai instagram, Expérimentations techniques, Sur les routes et taguée , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

2 réflexions sur “Workshop Martine à la Neige : peindre avec la lumière (Carole & JR) (jour 2 bis)

  1. Une chouette expérience qui donne bien envie. Tes photos sont superbes. Les prises faites avec le rayon de soleil sur ta tranche de 5min sont vraiment touchantes.

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