Le Petit Laboratoire

AAARG !

Fichtre, je suis assaillie de commentaires sur le précédent post, auxquels je continue à répondre au fur et à mesure (idem pour les mails)… Mais va falloir être patients, parce qu’il y en a beaucoup !

Et pendant ce temps, la vie continue. Avec ses commandes et tout et tout.

Le week-end dernier, c’est la revue AAARG ! qui faisait appel à mes services. Deux soirées de lancement à Paris (je ne vous mets pas le lien vers les événements facebook, sinon vous allez être très tristes d’avoir loupé ça) et une à Marseille ce week-end… De la bonne humeur, des dédicaces, et évidemment beaucoup d’alcool…

Une bonne occasion de faire une photo collective, donc.

/!\ Attention, à partir d’ici, je parle recherches, réflexions et travail de lumière. Si vous trouvez ça soporifique, y a des photos plus bas !

Lors des premiers briefs, Pierrick – le chef – et moi nous étions beaucoup enthousiasmés et avions décidé (avec de grands gestes et des étoiles plein les yeux) de reproduire une peinture « classique ».

J’avais réfléchi au lieu, à la composition, à l’angle, à la localisation… etc, etc. C’était sans compter la belle météo parisienne on-ne-peut-plus menaçante. Tout a été bouleversé. Nous avons emporté flashs de studio, boîte à lumière, trépieds, diffuseurs, réflecteurs, gaffeurs et… papier alu (oui, j’y reviendrai) au Houla Oups, bar mythique s’il en est.

S’il était désormais clair que notre Radeau de la méduse surferait sur un océan de ricard, et que la liberté guiderait le peuple vers le comptoir, il fallait maintenant déterminer les éléments capables d’évoquer cette esthétique picturale. Voici ce que j’ai noté :

– Une peinture cherche à reproduire le regard humain, or, la photo peut imposer des « filtres » inhérents au medium. A savoir : des angles tarabiscotés, des déformations dues aux optiques utilisées, des jeux de net et de flou… Il faut donc être vigilant pour que la photo ne soit pas trop marquée par ses signes. => Composition frontale, avec le moins de déformation optique possible, profondeur de champ la plus grande possible.

– En termes de composition, ce sont souvent les mains et les bras qui guident le regard. Il faut établir un « chemin » à travers l’image, et se baser sur une logique de diagonales (puisque c’est le réflexe habituel, de balayer une image du regard selon des diagonales).

– Quant à l’attitude des modèles, il faut forcément en faire trop. Que ce soit au niveau des corps, tendus à l’extrême (ce qui permet justement de jouer avec les positions des bras, des mains…), ou au niveau des visages, aux expressions outrées. Ce parti pris permet à la situation d’être plus lisible et, dans le même temps, nous éloigne du réel et du quotidien banal. Les personnages doivent également être en interaction, ce qui donne de la vie à la scène et aide le regard à encore mieux se promener.

-Les regards « face caméra » d’une foule ont tendance à rappeler que nous sommes dans une photo, puisqu’ils montrent l’instantanéité de l’image, l’arrêt dans la pose, l’attention envers l' »artiste ». Ils enlèvent son côté vivant à la scène (cette allégation me semble moins valable pour les portraits, mais ici il s’agit d’une représentation d’instant, de mouvement de foule théoriquement spontané…). Bref, il faut créer cette fausse spontanéité : les modèles doivent faire semblant d’être absorbés, happés par les stimuli qui les entourent. Un ou deux regards caméra sont cependant acceptables, parce qu’ils établissent une complicité avec le spectateur, une éventuelle porte d’entrée dans l’image.

-Niveau lumière… La principale différence entre l’oeil humain (source de la peinture) et le capteur de l’appareil photo est la quantité de nuances perçues simultanément. Evidemment, l’oeil est le grand gagnant. Il faut donc faire attention à ce que les ombres ne soient pas trop denses, et qu’il reste de la matière dans l’ensemble des valeurs de lumière. Pour cela, il faut multiplier les sources… Mais en dosant quand même, sinon l’image risque d’être toute plate. La multiplication des sources a un autre avantage : avec une lumière trop dirigée, les modèles risqueraient de se faire de l’ombre et de se cacher les uns les autres.

– L’installation : deux flashs de studio. Une première source à gauche, assez basse, avec une boîte à lumière toute en largeur, pour bien diffuser la lumière, tout en ne s’éparpillant pas trop sur les murs et le sol. On contrebalance avec un deuxième flash à droite, dirigé vers le plafond… Celui-ci fait alors office de réflecteur et redistribue de la lumière par en-haut. Pour éviter de « cramer » le bord supérieur droit de l’image, on coiffe ledit flash d’un diffuseur (bricolé avec un sac en tissu blanc, pour ma part). On manque encore de lumière en provenance du bas, les visages ont tendance à être « enterrés » par les deux sources. On colle donc trois larges rangées de papier alu sur le sol, pour faire réflecteur encore une fois. J’y ajoute un grand réflecteur argenté posé contre mon trépied, légèrement incliné vers les visages de ceux qui sont assis par terre. Un autre réflecteur dans ma main à droite, et puis voilà. Ça a l’air simple comme ça, mais en vrai, ça se joue au centimètre près. Eclairer 18 personnes, c’est un vrai casse-tête.

Je vous ai fait un schéma (vue depuis la place du photographe), parce que je sens que j’explique mal.

schémapourri

Vous comprenez maintenant pourquoi je suis photographe et non fabricante de schémas. Et non, c’est pas du tout à l’échelle.

Ensuite vient le moment de placer les modèles. Je les enjoins à prendre des bouteilles, des verres, de la bière… Et surtout à s’amuser. La difficulté est de voir tout le monde, de ne pas créer trop de vide… Et d’aller vite, parce que les poses sont inconfortables. Je décide de jouer sur les niveaux, de mettre du monde par terre, sur des tabourets, sur le comptoir, derrière le comptoir… Ceux qui sont au fond doivent se pencher en avant pour bien prendre la lumière, il faut faire attention à espacer les visages juste assez… Bref,  c’est compliqué, mais la bonne ambiance aide pas mal. Je propose aux modèles de laisser échapper des râles faussement alcoolisés pour nous mettre dans l’ambiance et accentuer leurs rictus.

/!\ Fin du blabla technique et logistique.

Par un bel après-midi d’octobre, nous avons donc conjugué les potentiels photogéniques de dix-huit gueules de bois, pour créer…

…Ceci.

aaarg-finale-webJe pourrais encore écrire des tartines sur les choix de post-production, mais je pense que vous avez eu votre dose.

Je vous laisse donc sur un bonus… Collage de dix images différentes, pour pouvoir intégrer plus de décor à l’image (et shootée au 35mm, alors que l’autre était au 24) :

aaarg-finale-pano-signature(Cliiique-moi dessus !)

Et bonne nouvelle, AAARG ! est officiellement sorti hier, disponible dans toutes les bonnes crèmeries.

…Et bientôt, oui, je m’occuperai de mes photos du Japon. Bientôt.

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Cette entrée a été publiée le 25 octobre 2013 à 3:15 . Elle est classée dans Commandes, Expérimentations techniques et taguée , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

3 réflexions sur “AAARG !

  1. joli boulot !! 🙂

  2. J’aime beaucoup cette photo tu déchires !

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